Ce projet s’inspire de la nouvelle fantastique « L’invention de Morel » publiée, dans les années 30, par l’écrivain-philosophe Adolfo Bioy Casares. L’intrigue repose sur une situation particulière : un groupe de personnes a été piégé par une machine qui les a transformés en hologrammes. Ces hologrammes font partie d’une boucle temporelle, répétant sans cesse les mêmes actions sur une île déserte. Un homme qui fuit la société se retrouve sur cette île et se confronte à ces « présences »...
Dans le contexte de la fin des années 30, cette nouvelle aborde la question de la réplication humaine, liée à l’émergence du cinéma. Bioy Casares ainsi que Jorge Luis Borges, profondément préoccupés par ce nouveau média, pressentent une transformation majeure de la société où l’image des individus deviendrait plus importante que les individus eux-mêmes.
Le philosophe français Jean Baudrillard, qui a consacré plusieurs de ses ouvrages à la photographie, aborde également ces questions dans « Simulacres et simulations » publié dans les années 80, juste une décennie avant l’avènement d’Internet.
Les questions posées par ces textes sont essentielles aujourd‘hui : dans un monde où nous sommes obligés de disposer de nombreuses identités numériques et où l‘IA générative crée des avatars trompeusement réels, nous sommes devenus plus que jamais dépendants de notre propre image.
Pour ce projet, l‘auteur Frank Witzel et le compositeur Pierre Jodlowski développent un univers singulier où se combinent une réflexion sur les simulacres ainsi qu‘un écho à la nouvelle de Bioy Casares. Il en résulte un environnement où la question de la réalité est constamment reconsidérée. Un environnement instable, où il serait difficile d’identifier clairement les fonctions humaines telles qu’elles opèrent dans un concert conventionnel. Les musiciens de PHACE seraient eux-mêmes piégés dans une sorte de boucle s’opérant dans l’écran principal et qui peu à peu, les absorbe.